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Fasciathérapie et tissu cicatriciel

2019/06/17 Accueil Éducation et conseils

Afin de réussir à bien définir et expliquer ce qu’est le tissu cicatriciel et quel impact peut avoir la fasciathérapie sur celui-ci, je crois qu’il serait judicieux de débuter par une brève explication de ce que sont les fascias, une cicatrice, le processus cicatriciel et bien entendu, la fasciathérapie elle-même.

Fasciathérapie et tissu cicatriciel
Yannick Messier Yannick Messier Masso-kinésithérapeute sportif et enseignant à l'Institut Kiné-Concept

Pour commencer, le fascia est une membrane fibro-élastique qui recouvre ou enveloppe une structure anatomique. Il est composé de tissus conjonctifs denses et non orientés (les fibres des tissus partent en tout sens et en toutes directions), très riche en fibre de collagène. Tous inter reliés, les fascias forment un réseau fibrillaire complexe reliant le sommet du crâne au bout des orteils, de la superficie à la profondeur. En d’autres mots, les fascias sont la forme de tissus qui relie, enveloppe et fait partie intégrante de toutes les structures solides du corps. Bien vivants, ils sont dotés d’une remarquable capacité d’adaptation au changement de pression. En effet, ils peuvent absorber près de 2 000 livres de pression au pouce carré avant de rompre, ce qui leur confère approximativement la résistance à la pression d’un pneu radial. Pour cette raison, il serait ridicule de croire que l’on peut contraindre ce type de tissu à devenir malléable en usant de la force. Par contre, des études sur les fascias ont su démontrer que si l’on maintient sur eux une tension sur un laps de temps suffisamment long, la propriété thixotropique* du tissu s’active et nous permet de faire relâcher les tensions s’y étant accumulées.

La cicatrice, pour sa part, est la marque laissée par la réparation physiologique des tissus du corps après une lésion. Elle est donc le résultat direct du processus de guérison que l’on nomme la cicatrisation. Comme les icebergs, la cicatrice ne présente à notre vue qu’une infime partie de son étendue réelle, plus de 80% de ses ramifications étant en profondeur et dans les tissus avoisinants. À part les lésions très mineures, chaque blessure (après un accident, une maladie ou un acte chirurgical) engendre une cicatrice plus ou moins importante. Le tissu cicatriciel n’est pas identique au tissu qu’il remplace et est systématiquement de qualité fonctionnelle inférieure. Par exemple, les cicatrices cutanées sont plus sensibles au rayonnement ultraviolet, les glandes sudoripares et les follicules pileux ne se développent pas sous la cicatrice; la formation de cicatrices consécutives à un infarctus du myocarde provoquera une déperdition de la puissance du muscle cardiaque et augmentera les risques d’arrêt cardiaque par la suite; les muscles et tendons, eux, verront leurs extensibilités et élasticités réduites et ce souvent de façon significative.

Lorsque le corps est blessé et qu’il y a lésions, celui-ci doit réparer les dégâts causés à son endroit. En travailleur appliqué et consciencieux, il vise à ce que ces lésions ne se renouvellent pas dans le futur. Alors, plutôt que de remplacer le tissu lésé par le même type de tissu, il le remplace par un autre, d’une qualité fonctionnelle inférieure, mais qu’il consolide pour en augmenter la résistance. Cette façon de faire a certes du mérite, mais elle engendre également une multitude d’autres problématiques de par l’hyper-rigidification des structures qu’elle occasionne. En effet, cette hyper-rigidification entraîne immanquablement une diminution de la mobilité et de la motilité des structures qui sont touchées. Cette perte de mobilité tissulaire entraînera à son tour d’autres problèmes. Par exemple: des douleurs référées sur des parties du corps plus ou moins distales à la cicatrice**, une perturbation de la troficité cellulaire ainsi que de l’homéostasie des tissus lésés, des déformations positionnelles et posturales et donc possiblement de la douleur et autres inconforts. Finalement, l’apparence de la cicatrice peut laisser à désirer quand elle se transforme en un cordon cicatriciel large, court et épais ayant l’aspect d’une protubérance rigide et fripée.

Le processus qu’est la cicatrisation peut mettre jusqu’à deux années avant d’arriver à son terme. Durant tout ce temps, on dit de la cicatrice qu’elle est active, qu’elle est vivante. Une cicatrice active garde une coloration rosée et continue inlassablement de tisser une toile restrictive de consolidation en son sein, ainsi que dans les tissus avoisinants son emplacement. On pourrait dire de l’araignée qui tisse consciencieusement sa toile, méticuleuse et inlassable besogneuse pour qui rien n’a d’importance à l’exception que tout soit stable, résistant, et puisse s’inscrire dans la permanence, qu’elle est une allégorie directe du processus cicatriciel. Quand la cicatrice devient inactive, sa couleur passe du rosé au blanchâtre et elle cesse de créer et d’étendre ses ramifications. Le corps se contente dès lors de se rigidifier dans sa nouvelle position. Avec le temps qui passe, les problèmes cités plus haut et qui découlent tous directement de la cicatrice se feront sentir et l’on se plaindra de douleur chronique à l’épaule alors que le véritable site du problème est beaucoup plus bas, au niveau d’une cicatrice abdominale laissée lors d’une appendicectomie ou d’une césarienne par exemple.

Maintenant que l’on comprend un peu mieux ce qu’est une cicatrice et le processus qui la fait naître, attardons-nous un peu sur ce qu’est la fasciathérapie et sur comment elle agit sur le corps.

La fasciathérapie est une technique manuelle non intrusive qui se pratique sans huile et de préférence directement sur la peau. De part le temps de maintien des techniques qui est relativement long, la fasciathérapie agit sur les fascias en les aidant à relâcher leurs tensions. Ces relâchements aideront à soulager, à minimiser ou encore à prévenir l’apparition de symptômes d’inconfort et de douleur. La fasciathérapie est également un outil de premier ordre pour le travail des cicatrices. En aidant à organiser les fascias, on évite que les structures touchées par la cicatrice et ses ramifications n’adhèrent trop les unes aux autres et se faisant, ne déforment la posture naturelle et optimale du corps en se rigidifiant. D’un point de vue purement esthétique, le travail d’une cicatrice par la fasciathérapie nous permet de la garder souple, mince et longue. Bref, beaucoup moins perceptible à l’œil et au toucher qu’un cordon boursouflé, court, adhérent et rigide.

Heureusement, on peut travailler une cicatrice à n’importe quel stade de sa guérison, il n’est donc jamais trop tard pour commencer. Évidemment, il est plus efficace de commencer le travail dès les premières semaines de la cicatrisation pour aider à relâcher et organiser les structures dès le départ, mais l’on peut quand même avoir de très bons résultats avec une cicatrice de 20 ans d’âge. On peut ainsi régler des problèmes et/ou inconforts qui sont récurant depuis de nombreuses années.

En conclusion, l’important n’est pas de se demander depuis combien de temps la cicatrice est présente ou jusqu’où elle a étendu ses ramifications. Non, l’important est de garder en tête que TOUTE cicatrice est en-soi une restriction tissulaire, que TOUTE cicatrice est travaillable et que la fasciathérapie est un type de soin massothérapeutique tout indiqué pour ce travail.

 

* La thixotropie est une propriété physique que l’on retrouve dans certains gels, fluides ou mélanges renfermants des solides et qui ont la particularité de pouvoir passer de l’état liquide à l’état solide et inversement. Un fluide ou tissu est dit thixotrope si sous contrainte constante, sa viscosité apparente diminue au cours du temps.

** Ce phénomène s’explique par le fait que, tout est inter-relié par le fascia en une trame de tissus continus. Les tissus saints et éloignés de l’origine du problème peuvent donc recevoir un contrecoup du fait de cette inter-relation. Pour avoir une représentation simple de ce qu’occasionne une restriction tissulaire dans les zones avoisinantes, il vous suffit de faire un nœud dans le bas de votre chandail et d’observer comment le tissu du reste de votre chandail réagit à cette restriction.

  

Biblio/Vidéographie:

-Paoletti S., 2011, Les fascias 3e éd., SULLY

-Myers T., 2014, Anatomy trains, Elsivier Canada

-Lewis A., 2008, Fasciathérapie Intégrée Niv.1, Institut Kiné-Concept

-Lewis A., 2009, Fasciathérapie Intégrée Niv.2, Institut Kiné-Concept

-Lewis A., 2009, Fasciathérapie Intégrée Niv.3, Institut Kiné-Concept

-Guimberteau Dr., 2012, Interior Architectures, Endo Vivo Videoproductions

-Guimberteau Dr., 2012, Skin, Scars and Stiffness, Endo Vivo Videoproductions

 

HIGHLIGHT  

  • Le tissu cicatriciel a tendance à créer des adhérences qui peuvent limiter le bon fonctionnement postural, moteur et organique du corps.
  • Plus de 80% de la cicatrice et ces ramifications sont en profondeur et dans les tissus avoisinants
  • On veut tendre à une cicatrice blanchâtre, longue, lisse, fine et souple. Non pas à un cordon rougeâtre, boursouflé, court, adhérent et rigide.
  • On peut travailler une cicatrice à tout stade de sa vie, qu’elle ait trois semaines ou 30 ans d’âge. On peut donc aider à régler des douleurs et inconforts récurrents depuis de nombreuses années.

 

 

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