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Le rôle de la physiothérapie en rééducation périnéale dans les chirurgies d’affirmation de genre

2022/05/06 Accueil Éducation et conseils

Le rôle de la physiothérapie en rééducation périnéale dans les chirurgies d’affirmation de genre
Laurie Gauvin Laurie Gauvin Physiothérapeute en rééducation périnéale et pelvienne

Dans les dernières années, les chirurgies d’affirmation de genre ont connu une grande croissance. Féminisation ou masculinisation de la poitrine, métoidioplastie, vaginoplastie, phalloplastie et toutes les autres chirurgies connexes sont de plus en plus pratiquées. Seulement à Montréal, au complexe chirurgical GrS du Centre Métropolitain de Chirurgie, le nombre de ce type de chirurgie est passé de 441 en 2015 à 1005 en 2019. Les méthodes se peaufinent et les recommandations entourant ces chirurgies se précisent. Un suivi en rééducation périnéale et pelvienne est maintenant recommandé avant ET après celles-ci. Mais quel est le rôle de la physiothérapeute en rééducation périnéale dans ce contexte? Voici un petit survol d’un domaine plus méconnu de la rééducation périnéale!

Définitions

Personne trans

Toute personne dont l’identité de genre diffère du sexe qui lui a été assigné à la naissance. Une femme trans est donc née de sexe masculin, mais s’identifie comme femme. Un homme trans est né de sexe féminin, mais s’identifie comme homme.

Chirurgie d’affirmation de genre

Toute chirurgie permettant à une personne d’aligner ses caractéristiques physiques avec son identité de genre. Ce peut être une chirurgie des organes génitaux, mais aussi de la poitrine (augmentation mammaire ou mammectomie), du visage, etc.

Vaginoplastie

Chirurgie permettant la création d’un vagin

Phalloplastie

Chirurgie permettant la création d’un pénis et d’un scrotum

Métoidioplastie

Chirurgie permettant la création d’un petit pénis et d’un petit scrotum. Cette chirurgie varie de la phalloplastie sur la longueur du pénis, qui atteint 4-6 cm en général. Elle ne nécessite par contre pas de greffe de tissus, contrairement à la phalloplastie. Elle permet d’uriner debout.

Binding

L’objectif du binding est de camoufler la poitrine chez les hommes trans, pour avoir une poitrine plate. Ceci peut être accompli avec des bandages, une brassière de sport très serrée, ou tout autre moyen permettant une compression de la poitrine.

Tucking

L’objectif du tucking est de camoufler la présence des organes génitaux mâles chez les femmes trans, pour permettre de porter des vêtements sans avoir à se soucier de la «bosse» qu’ils créent. Plusieurs techniques existent, l’une d’entre elles étant de faire remonter les testicules dans le canal inguinal et de maintenir le pénis en place entre les jambes via des sous-vêtements serrés ou des bandages adhésifs.

trans et rpp

Le suivi pré-opératoire

De plus en plus, les différentes études portant sur le sujet recommandent aux personnes en attente d’une chirurgie d’affirmation de genre de consulter une physiothérapeute en rééducation périnéale avant celle-ci. Ceci est dû au fait que ce type de chirurgie a un impact important sur l’unité interne, qui est formée du diaphragme, du transverse de l’abdomen, du plancher pelvien et des multifides. Ces 4 groupes de muscles formant l’unité interne sont à la base de la continence urinaire et fécale, du support des viscères, de la stabilité du dos et du bassin ainsi que du gainage de l’abdomen. Selon le type de chirurgie (poitrine, vaginoplastie ou phalloplastie), les atteintes à l’unité interne varient, mais sont toujours présentes. Ces atteintes peuvent se traduire par des fuites urinaires ou fécales, de la difficulté à uriner ou de la douleur au dos, au bassin ou au périnée.

De plus, chez les femmes trans, la prise d’oestrogènes et de bloqueurs de testostérone a un impact sur la masse musculaire du plancher pelvien : il y a donc un taux plus élevé de dysfonction du plancher pelvien chez celles-ci que chez le reste de la population et ce, même avant une chirurgie. Le binding et le tucking peuvent aussi contribuer à des problématiques de l’unité interne en modifiant la posture et le patron respiratoire (pour le binding) ou la fréquence des mictions (pour le tucking).

Avant la chirurgie, le but est donc d’identifier les problèmes déjà présents et de les adresser, mais aussi de prévenir l’apparition de problèmes après l’opération. On travaille donc la qualité de la contraction et du relâchement du plancher pelvien, l’activation du transverse de l’abdomen, la respiration diaphragmatique, la mobilité du tronc, etc. Bien sûr, beaucoup de conseils sont donnés en ce qui a trait aux bonnes habitudes à adopter suite à la chirurgie, à l’utilisation des dilatateurs, aux exercices de relâchement et de contrôle de la douleur, etc.

Le suivi post-opératoire

Selon le type de chirurgie, les suivis seront variables.

Chirurgies de poitrine

Pour les chirurgies de poitrine (féminisation ou masculinisation), les problématiques qui sont les plus fréquentes sont :

  • une modification de la posture et du patron respiratoire
  • des adhérences cicatricielles
  • de la douleur
  • une diminution de la mobilité du cou et du dos

Le tout a également un impact direct sur l’unité interne, car la mécanique et la synergie entre les différents muscles qui la forment sont modifiées.

Les traitements de physiothérapie post-opératoires incluront donc, selon ce qui est nécessaire, une rééducation de la posture et du patron respiratoire, des mobilisations articulaires, du relâchement musculaire, des mobilisations des tissus cicatriciels, des exercices de mobilité du cou et du dos, des exercices de renforcement ainsi que des conseils pour la gestion de la douleur. L’objectif des traitements est de pouvoir bien bouger, sans douleur, et d’assurer une fonction optimale de l’unité interne.

Vaginoplasties

Pour les vaginoplasties, les problématiques qui sont les plus fréquentes sont :

  • l’incontinence urinaire ou fécale
  • la difficulté à uriner
  • une atteinte du nerf pudendal (qui innerve la région périnéale)
  • des adhérences cicatricielles
  • des tensions musculaires
  • de la douleur

Le tout peut avoir un impact important sur la qualité de vie et même mener à de l’anxiété ou à une dépression. Plusieurs femmes auront également de la difficulté à utiliser les dilatateurs tel que recommandé par le chirurgien.

Comme une vaginoplastie a un impact direct et important sur le plancher pelvien (certains muscles sont disséqués, voire carrément retirés), les traitements ciblent particulièrement ce groupe de muscles. Des exercices de renforcement et de relâchement du plancher pelvien sont donc prescrits, selon les besoins. Des techniques manuelles visant à aider à la contraction ou au relâchement du plancher pelvien sont aussi effectuées par la physiothérapeute. Le but de ces exercices est de retrouver une continence complète, de diminuer les tensions musculaires qui pourraient être douloureuses et de diminuer la difficulté à uriner (si celle-ci n’est pas de cause médicale).

Les tissus cicatriciels doivent aussi être mobilisés pour retrouver une meilleure souplesse, que ce soit au site de la chirurgie ou au site de la greffe, si une greffe a été nécessaire. S’il y a de la douleur périnéale causée par une atteinte du nerf pudendal, des exercices de mobilisations et de décompression peuvent aider à soulager les symptômes. Des exercices de stabilité globaux sont aussi pertinents, car le plancher pelvien contribue à la stabilité du bas du corps.

De plus, votre physiothérapeute pourra vous donner des conseils sur l’utilisation des dilatateurs, qui peut être difficile au départ. En effet, 30 minutes de dilatation 3 fois par jour sont demandées pour les 3 premiers mois suite à une vaginoplastie, ce qui peut sembler difficile à atteindre. La durée et la fréquence de dilatation diminue avec le temps, mais un minimum d’une fois par semaine est nécessaire à vie. Votre physiothérapeute vous donnera donc des conseils sur le meilleur positionnement et les techniques possibles pour vous rendre la tâche moins ardue.

Phalloplasties

Pour les phalloplasties, les problématiques les plus fréquentes sont :

  • la nécrose du néophallus
  • la sténose (rétrécissement) de l’urètre
  • une atteinte de la vessie ou du rectum lors de l’opération

Ce sont toutes des problématiques qui relèvent du domaine médical, et non de la physiothérapie. En rééducation périnéale, les traitements se concentrent donc surtout sur le site de la greffe : s’assurer que la circulation sanguine soit adéquate et que la zone ne perde pas de force ni de flexibilité.

trans et rpp

Peu importe le type de chirurgie, votre physiothérapeute pourra vous guider, que ce soit pour des conseils avant ou pour le traitement de problématiques présentes après. Elle saura répondre à vos questions, vous accompagner dans vos démarches et vous aider à atteindre vos objectifs, le tout dans une ambiance de respect et absente de jugement.

N’hésitez pas à contacter l’une de nos physiothérapeutes possédant une expertise en rééducation périnéale et pelvienne pour plus d’information ou pour prendre rendez-vous. À noter que ce ne sont pas toutes les physiothérapeutes spécialisées en rééducation périnéale et pelvienne qui ont une formation sur les chirurgies d’affirmation de genre. À la clinique de Beauport, Chantale Vien et Laurie Gauvin sont formées pour ce type de suivi.

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