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Il ne faut pas oublier l’incontinence anale

2020/07/21 Accueil Éducation et conseils

Il ne faut pas oublier l’incontinence anale
Laurie Gauvin Laurie Gauvin Physiothérapeute en rééducation périnéale et pelvienne

On entend de plus en plus parler de l’incontinence urinaire et du fait qu’elle est plus répandue qu’on pourrait le croire. Lentement, certains tabous tombent : on en discute avec notre médecin, on se renseigne sur le sujet, on consulte en rééducation périnéale et pelvienne. Par contre, l’incontinence urinaire a une petite cousine beaucoup moins connue et encore très tabou : l’incontinence anale.

L’incontinence anale est la perte involontaire de selles ou de gaz. Elle affecte de 2 à 24 % des adultes, le pourcentage variant selon les études[1]. Elle peut survenir chez des personnes de tous âges, hommes ou femmes, mais touche surtout les femmes enceintes ou post-partum et les personnes âgées. Bien entendu, elle peut diminuer grandement la qualité de vie : port de protections, crainte des odeurs, isolement… Souvent, les personnes atteintes ne savent pas que des traitements existent et sont donc hésitantes à en discuter avec un professionnel de la santé. Seulement le tiers en font part à leur médecin[2]. Pourtant, tout comme l’incontinence urinaire, elle peut s’améliorer avec le traitement approprié.

Voici un peu plus d’information à son sujet.

Les causes

Les accouchements par voie vaginale sont la cause #1 d’incontinence anale chez les femmes[3]. Ils peuvent effectivement endommager certaines structures responsables de la continence, comme le sphincter anal. Le risque est encore plus grand chez les femmes qui ont subi une épisiotomie, une déchirure de grade III ou IV ou un accouchement instrumenté (forceps, ventouse). Dans la plupart des cas, c’est seulement le contrôle des gaz qui est affecté. À noter que la grossesse en soi peut, à elle seule, avoir un impact négatif sur le sphincter anal. La césarienne ne protège donc pas complètement du risque de souffrir d’incontinence anale.

La constipation peut elle aussi contribuer au développement de ce type d’incontinence[4] à cause des poussées importantes qu’elle engendre pour aller à la selle. À long terme, elle peut causer des dommages au plancher pelvien, qui a un rôle important dans le contrôle des selles et des gaz. À l’inverse, la diarrhée peut elle aussi être un facteur de risque4. En effet, les selles molles sont plus difficiles à contrôler.

Certaines procédures médicales abdominales ou pelviennes peuvent également mener à de l’incontinence anale[5], en particulier les chirurgies pour le traitement des hémorroïdes et la radiothérapie contre le cancer de la prostate. Toute procédure ayant un effet sur les structures maintenant la continence peut mener à un affaiblissement de celles-ci.

Certaines maladies plus spécifiques, telles que le Parkinson, la sclérose en plaques ou le diabète peuvent aussi causer un manque de contrôle des selles ou des gaz[6].

Finalement, plusieurs autres facteurs peuvent favoriser son apparition : un âge plus avancé, la présence d’une descente d’organe (plus spécifiquement, une descente du rectum, aussi appelée rectocèle), etc.

Les traitements en physiothérapie

Une physiothérapeute en rééducation périnéale et pelvienne peut vous aider à reprendre le contrôle. Bien sûr, les traitements offerts varieront selon la cause et les symptômes. Voici un survol de ce qui peut être fait en physiothérapie.

Le renforcement des muscles du plancher pelvien et du sphincter anal : ceux-ci sont la base du contrôle des selles et des gaz. Heureusement, la plupart du temps, ils sont faciles à renforcer ! Votre physiothérapeute pourra les évaluer et vous montrer comment les entraîner à la maison pour avoir de meilleurs gains. Dans certains cas, une sonde anale pourrait être utilisée pour vous aider à visualiser la contraction ou stimuler une contraction avec une impulsion.

La rééducation de la sensibilité : chez certaines personnes, la perte de contrôle des selles ou des gaz est due à un manque de sensibilité du rectum, qui n’arrive pas à reconnaître son contenu. Les personnes qui ont ce type de problématique ne se rendront pas compte qu’elles ont une fuite de gaz ou de selle avant qu’il ne soit trop tard. Avec différentes techniques, cette sensibilité peut être améliorée et donc rendre le contrôle des gaz et des selles plus facile.

Le changement de certaines habitudes de vie : le positionnement à la toilette, la technique utilisée pour évacuer les selles et l’alimentation sont autant de facteurs qui ont une influence sur la constipation. Votre physiothérapeute pourra vous donner plusieurs conseils à cet égard et vous apprendre certaines techniques pour faciliter l’évacuation des selles. Au besoin, elle vous référera vers une nutritionniste.

Bref, l’incontinence anale ne devrait jamais être considérée comme normale ou définitive. Des traitements existent pour en diminuer les symptômes ou les faire disparaître complètement. Si vous souhaitez obtenir de l’aide à ce niveau, discutez-en avec une physiothérapeute en rééducation périnéale ou avec votre médecin, qui saura vous diriger pour recevoir les soins appropriés.

Références

1] McMillan, A.K., Merrie, A.E., Marshall, R.J., et al., 2204. The prevalence of fecal incontinence in community-dwelling adults: a systematic review of the literature. Dis. Colon Rectum 47 (8), 1341-1349.

[2] Whitehead, W.E., 2005. Diagnosing and managing fecal incontinence: if you don’t ask, they won’t tell. Gastroenterology 129 (1), 6.

[3] Madoff, R.D., Parker, R.C., Varma, M.G., et al., 2004. Faecal incontinence in adults. Lancet 364 (9434), 621-632.

[4] Slieker-ten Hove, M.C., Pool-Goudzwaard, A.L., Eijkemans, M.J., et al., 2010. Prevalence of double incontinence, risks and influence on quality of life in a general female population. Neurourol. Urodyn. 29 (4), 545-550.

[5] Madoff, R.D., Williams, J.G., Caushaj, P.F.,1992. Fecal Incontinence. New England Journal of Medicine 326 (15), 1002-1007.

[6] Rao, S.S., 2004. Diagnosis and management of fecal incontinence. American College of Gastroenterology Practice Parameters Committee. American Journal of Gastroenterology 105 (2), 412-419.

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